Les dilemmes de notre époque numérique : Acheter ou non un smartphone à son enfant ?

iPhone 5

C’est un dilemme classique de la parentalité à notre ère numérique: Vous voulez que votre enfant ait ce smartphone dernier cri pour lequel il crève d’envie, mais vous craignez les luttes de pouvoir avec votre enfant sur la façon de l’utiliser.

Il semble que Janell Burley Hofmann, une blogueuse et mère de cinq enfants, ait trouvé une solution.
Elle a offert à son fils de 13 ans, Gregory, un iPhone 5 pour Noël. Mais son usage était lié à un contrat. Il ne s’agit pas d’un contrat d’un quelconque opérateur téléphonique, mais un contrat parental. Un contrat de 18 points indiquant les manières dont le nouveau jouet de Gregory peut et ne peut pas être utilisé. La blogueuse a publié le contrat sur son site web personnel, afin d’inspirer d’autres parents qui se trouvent dans le même dilemme.
Voici le début de son message à son fils :
« Joyeux Noël ! Te voilà maintenant l’heureux propriétaire d’un iPhone. Bon sang ! Tu es un garçon bon et responsable de 13 ans et tu mérites ce cadeau. Mais l’acceptation de ce présent implique l’acceptation de certaines règles. S’il te plaît lis le contrat suivant. J’espère que tu comprends qu’il est de mon devoir de t’élever pour que tu deviennes un jeune homme sain qui peut fonctionner dans le monde, qui sait coexister avec la technologie, au lieu de se faire gouverner par elle. Le manquement de se conformer à la liste ci-dessous entraînera la résiliation de l’usage de l’iPhone. »
Ensuite, elle expose, point par point, les obligations contractuelles de Gregory pour l’utilisation de son iPhone (qui n’est pas tout à fait sa propriété d’ailleurs). Voici un extrait des règles les plus intéressantes:

  • Je suis la propriétaire du téléphone. Je l’ai acheté. Je l’ai payé. Je te le prête.  Ne suis-je pas géniale ?
  • Je dois toujours connaître le mot de passe.
  • Ne jamais ignorer un appel de maman ou papa. Jamais !
  • Si le téléphone tombe dans les toilettes, se fracasse sur le sol, ou se volatilise, tu es responsable pour les coûts de remplacement ou de réparation. Tonds une pelouse, garde des enfants, mets de côté un peu d’argent. Cela risque d’arriver, tu dois t’y préparer.
  • Rends le téléphone à maman ou papa à 19h30 les jours d’école et à 21h les weekends. Il sera éteint pour la nuit et te sera restitué le lendemain à 7h30.
  • Ne prends pas le téléphone à l’école.
  • Aies une conversation en personne avec les gens à qui tu envoies des textos. C’est une compétence de vie.
  • N’écris ou envoie par texto ou courriel avec cet appareil ce que tu ne dirais pas en personne.
  • Pas de porno. Ne recherche sur le Web que des informations que tu partageras avec moi ouvertement. Si tu as une question à propos de quoi que ce soit, demande à une personne – ou de préférence- moi ou ton père.
  • Éteins-le ou mets le en mode silencieux quand tu es dans un lieu public, surtout dans un restaurant, au cinéma, ou en parlant avec un autre être humain. Tu n’es pas une personne impolie, ne permets pas à l’iPhone de changer cela.
  • Ne prends pas un tas de photos et de vidéos. Il n’est pas nécessaire de tout documenter. Vis tes expériences. Elles seront stockées dans ta mémoire pour l’éternité.
  • Laisse le téléphone à la maison parfois, juste parce qu’il n’est pas vivant ou une extension de toi. Apprends à vivre sans. Sois plus fort et plus puissant que LPDM — La Peur De Manquer.
  • Télécharge de la musique qui est nouvelle ou classique ou différente de celle que des millions de tes pairs écoutent. Ta génération a accès à la musique comme jamais auparavant dans l’histoire. Profite de ce cadeau. Élargis tes horizons.
  • Joue à des jeux de développement cérébral avec des mots ou des casse-têtes de temps à autre.
  • Garde les yeux vers le haut. Vois le monde autour de toi. Regarde par une fenêtre. Écoute les oiseaux. Fais une promenade. Parle à un étranger. Emerveille-toi sans Google.
  • Tu vas déconner et je te confisquerai le téléphone. Nous allons nous asseoir et parler. Nous allons recommencer. Toi et moi, nous sommes toujours en train d’apprendre. Je suis de ton côté. Nous sommes dans le même bateau.
Elle termine son message par :
« J’espère que tu pourras accepter ces conditions. La plupart des leçons présentées ici ne s’applique pas seulement à l’iPhone, mais à la vie. Tu grandis dans un monde en rapide et constante évolution. Il est passionnant et séduisant. Ne complique pas les choses et préfère la simplicité. Fais confiance à ton esprit puissant et ton cœur géant au-dessus de toute machine. Je t’aime. J’espère que tu apprécieras ton formidable nouvel iPhone. Joyeux Noël ! Bises. Maman. »
En coaching, ceci s’appelle détermination du cadre ou établissement de contrat. Ce qui permet à la personne de connaître à l’avance ce sur quoi elle s’engage et qu’elle puisse développer un comportement autonome et responsable.
Etes-vous confronté(e) à ce genre de dilemme dans votre vie ? Que pensez-vous de la stratégie de Janell Burley Hofmann ?
Source : Janell Burley Hofmann le contrat de l’iPhone de Gregory.
Traduit de l’américain et adapté  par Majed Chambah.
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88% des résolutions échouent : les raisons et les solutions

2013
A chaque nouvel an, il est coutume de prendre des résolutions. Ces résolutions concernent souvent des objectifs de développement personnel et professionnel tels que : arrêter de fumer, changer de travail, perdre du poids, apprendre une nouvelle langue, avoir plus de confiance en soi, etc.
Les études démontrent que, malgré toute la bonne volonté qui sous tend ces décisions, 88% des résolutions échouent [Richard Wiseman, 2007] !
Les raisons ? Des objectifs surdimensionnés, absence de plan d’action, éparpillement en poursuivant plusieurs objectifs à la fois. En effet, la partie du cerveau responsable de la volonté et du contrôle de soi (cortex préfrontal) ne peut gérer plusieurs informations et objectifs à la fois. En plus de la volonté et du contrôle de soi, cette partie gère également la mémoire à court terme, la concentration et la résolution de problèmes. Une surcharge cognitive de cette partie mène à l’affaiblissement du contrôle de soi et de la volonté. Ce qui explique qu’après une journée éprouvante de travail (sollicitant nos ressources cognitives), nous sommes plus enclins à nous jeter sur une pizza ou une glace ou à nous remettre à fumer [Baba Shiv 2009].
Les solutions ?
Pour augmenter les chances de réussite de nos résolutions (et nos objectifs d’une manière générale), les pistes suivantes s’avèrent d’une grande efficacité :
* Développer la conscience de soi permet de mieux observer ses anciennes habitudes et de mieux les apprivoiser. C’est un entrainement (qui ne nécessite que quelques minutes par jour) et un engagement constant sur toute l’année qui permet d’y aboutir. Par exemple consacrer quelques minutes par jour à prêter attention aux sensations corporelles, à son rythme de respiration, à ses pensées, sans jugement et sans action particulière. Il s’agit d’être observateur et non acteur.
* Fixer des objectifs minimalistes. Des objectifs qui impliquent de légers et constants changements.
Si vous voulez vous remettre à faire du sport, commencez à faire du sport à raison de 5 minutes par jour. Ensuite, semaine après semaine, augmentez la durée d’une minute. Si vous voulez arrêter de fumer, diminuez votre consommation d’une seule cigarette chaque semaine.
* Travailler à accepter l’incertitude et développer sa flexibilité psychologique. Souvent, derrière nos objectifs se cache un grand malaise avec l’incertitude. L’avenir étant vraiment incertain, et les choses peuvent aller bien comme mal. Nous sommes trop souvent motivé(e)s par un désir de mettre fin aux inévitables surprises dans nos vies. La fixation d’objectifs rigides (presque obsessionnels) témoigne souvent d’une inflexibilité et d’un évitement de certains scénarios, ce qui en retour ne fait qu’augmenter le refus et la peur de ces éventualités et l’inflexibilité (cycle vicieux). En revanche, développer son acceptation de l’incertain et travailler à développer sa flexibilité psychologique, mènent à une vie plus équilibrée et plus épanouie.
Je vous souhaite des résolutions réussies et une vie épanouie en 2013.

Apologie de la pensée négative

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La période des fêtes représente une énigme psychologique. Le sentiment qui la décrit est, bien sûr, la joie — cependant l’effort intense d’être joyeux semble rendre beaucoup d’entre nous malheureux. Il est difficile d’être heureux dans les salles d’embarquement bondées des aéroports ou pendant que vous essayez de rester civilisé pendant des jours avec des parents qui éprouvent votre patience.

Donc, pour faire face aux fêtes de fin d’année, des magazines et d’autres nous conseillent de « penser positif », le même conseil, en d’autres termes, que Norman Vincent Peale, auteur de « Le pouvoir de la pensée positive » The Power of Positive Thinking, donnait il y a six décennies. (Pendant les fêtes, Peale a suggéré, vous devriez faire « un effort délibéré pour parler positivement de tout. ») Le résultat, trop souvent, reflète le célèbre jeu d’essayer de ne pas penser à un ours blanc : Plus vous essayez, et plus vous y pensez.

Des variations de la philosophie positive de Peale sont profondément ancrées dans la culture américaine, et non seulement dans la façon avec laquelle nous gérons les fêtes et d’autres situations sociales, mais dans les affaires, la politique et au-delà. Pourtant, les études suggèrent que les affirmations peppées conçues pour égayer l’humeur de l’utilisateur par la répétition et la visualisation de la future réussite génèrent souvent le contraire de l’effet recherché.

Heureusement, à la fois la philosophie antique et la psychologie contemporaine indiquent une alternative: une approche contre-intuitive que l’on pourrait appeler « La voie négative du bonheur. » Cette approche permet d’expliquer certaines énigmes, comme le fait que les citoyens des pays les plus exposés à l’insécurité économique font souvent état d’un plus grand bonheur que les citoyens des pays plus riches. Ou que nombreux hommes d’affaires réputés rejettent l’idée de fixer des objectifs fermes.

Un des pionniers de la «voie négative» était le psychothérapeute new-yorkais Albert Ellis, décédé en 2007. Il a découvert un élément clé des philosophes stoïciens de la Grèce antique et de Rome: que, parfois, la meilleure façon de répondre à un avenir incertain est de se concentrer non pas sur le scénario le plus favorable, mais le pire.

Sénèque le stoïcien est radical sur ce sujet. Si vous avez peur de perdre votre patrimoine, il a conseillé une fois, « réservez un certain nombre de jours, pendant lesquels vous vous contenterez des revenus les plus bas et les plus maigres, en vous habillant avec une robe grossière et rugueuse, en disant à vous-même le temps: « Est-ce cet état que je craignais? » »

Pour surmonter la peur de l’embarras, Ellis avait dit à Oliver Burkeman (auteur du livre The Antidote) qu’il conseillait à ses clients de voyager dans le métro de New York, en prononçant le nom de chaque station à haute voix. Malgré que Burkeman soit une personne facilement embarrassée, dans l’intérêt de la recherche, il a suivi son conseil, sur la ligne centrale du métro de Londres. C’était atroce. Mais ses craintes exagérées ont été ébranlées: il n’ai pas été pas harangué ou agressé. Quelques personnes l’ont regardé bizarrement.

Il suffit de penser sobrement en détail au pire des scénarios, une technique que les stoïciens appelaient « la préméditation du mal » peut aider à saper l’énergie de son anxiété. La psychologue Julie Norem estime qu’environ un tiers des Américains utilisent instinctivement cette stratégie, qu’elle qualifie de « pessimisme défensif. » La pensée positive, en revanche, c’est faire l’effort de se convaincre que les choses vont bien tourner, ce qui peut renforcer la croyance que ce sera terrible si les choses tourment mal.

Dans les entreprises américaines, la doctrine la plus largement acceptée du « culte de la positivité » est l’importance de la détermination d’objectifs grands et audacieux pour une organisation, tandis que les employés sont encouragés (ou contraints) de fixer des objectifs qui sont « SMART » – spécifiques, mesurables, atteignables, réalisables, et dans un temps déterminé. (On pense que le terme a été utilisé dans un article publié en 1981 par George T. Doran.)

Mais le consensus pro-objectif est en train de s’effriter. D’une part, les objectifs rigides peuvent encourager les employés à sacrifier l’éthique. Dans une étude menée par la chercheuse en gestion Lisa Ordóñez et ses collègues, les participants ont eu à composer des mots à partir d’un ensemble de lettres aléatoires, comme dans le Scrabble. On leur demanda de consigner leurs progrès de manière anonyme et ceux qui ont été donnés un objectif précis à atteindre ont menti beaucoup plus fréquemment que ceux qui devaient simplement « faire de leur mieux. »

Les objectifs peuvent même conduire à des sous-performances. De nombreux nouveaux chauffeurs de taxi de New York, selon une équipe d’économistes, gagnent moins d’argent par temps de pluie que ce qu’ils peuvent gagner, car ils arrêtent le travail dès qu’ils atteignent la somme qu’ils pensent représenter les gains d’une bonne journée.

Se concentrer sur un objectif au détriment de tous les autres facteurs peut aussi déformer la mission d’une entreprise ou la vie d’une personne, explique Christopher Kayes, professeur de gestion à l’Université George Washington à Washington qui a étudié la « sur-poursuite » des objectifs, se souvient d’une conversation avec un dirigeant qui « m’a dit que son objectif était de devenir millionnaire à l’âge de 40 ans… et il l’avait fait. [Mais] il a également été divorcé, et avait des problèmes de santé, et ses enfants ne lui parlent plus. » Derrière notre fixation sur les objectifs, les travaux du Prof Kayes indiquent qu’il y a un profond malaise avec le sentiment d’incertitude.

Les recherches menées par Saras Sarasvathy, professeur en gestion à l’Université de Virginie, suggèrent que l’apprentissage pour accueillir des sentiments d’incertitude est non seulement la clé d’une vie plus équilibrée, mais conduit souvent à la prospérité également. Pour une étude, elle a interviewé 45 entrepreneurs prospères, qui ont tous introduit au moins une entreprise en bourse. Presque aucun d’entre eux n’a choisi d’écrire un business plan complet ou de réaliser des études de marché approfondies. Ils pratiquaient plutôt ce que le professeur Sarasvathy appelle « effectuation ». Plutôt que de choisir un objectif et de faire un plan pour y parvenir, ils ont fait le bilan des moyens et du matériel mis à leur disposition, et ensuite imaginé les issues possibles. L’effectuation comprend également le « principe de la perte abordable. » Au lieu de se concentrer sur la possibilité de récompenses spectaculaires pour une entreprise, évaluer l’étendue des pertes en cas d’échec. Si la perte potentielle semble tolérable, passer à l’étape suivante.

La valeur ultime de la « voie négative » ne réside pas dans la facilitation des émotions optimistes, ou voire du succès. Mais elle réside simplement dans le réalisme. L’avenir est vraiment incertain, après tout, et les choses peuvent aller bien comme mal. Nous sommes trop souvent motivés par un désir de mettre fin aux inévitables surprises dans nos vies.

Cela est particulièrement vrai pour le plus grand « négatif » de tous. Pourrions-nous bénéficier de la contemplation de la mortalité plus souvent que nous le faisons? Comme la célèbre déclaration de Steve Jobs : « Se souvenir que vous allez mourir est le meilleur moyen que je connaisse pour éviter le piège de penser que vous avez quelque chose à perdre. »

Cependant nous pouvons être tentés de nous aligner avec la position de Woody Allen sur la mort : « Je suis fortement contre elle ». Mais il y a beaucoup plus d’avantages à y faire face plutôt que de la nier. Il y a quelques faits que même la pensée positive la plus puissante ne peut modifier.

—Adapté du livre de Oliver Burkeman The Antidote: Happiness for People Who Can’t Stand Positive Thinking. Editions Faber & Faber, novembre 2012.

— Traduit de l’américain par Majed Chambah.